Je vous écris depuis le Nord.

Cher compagnon du bout du monde,

Il neige depuis ce matin. La route serpente entre les rochers, l’asphalte mouillé brille sous le soleil, et les îles apparaissent dans la brume avant de disparaître quelques minutes plus tard. Seul au monde. Et pourtant, je me sens accompagné. Parce que je sais qu’au bout de cette route, quelqu’un lit ces lignes.

Bienvenue à bord.

Je roule depuis des heures sans véritable destination.

Je ne sais pas si vous connaissez cette sensation-là, partir sans savoir exactement pourquoi.
Pas pour fuir quelque chose, plutôt pour partir à la recherche. Cette sensation étrange et presque magnétique de devoir continuer vers un endroit qu’on ne connaît pas encore.

Ces derniers jours, j’ai encore entendu parler de cette île. Une vieille histoire qu’on raconte à voix basse.
Une île sans coordonnées. Qui n’existe sur aucune carte. Celle qui revient dans mes images depuis des années — dans la lumière, les silhouettes et les rivages, dans cette sensation de se tenir au bord de quelque chose qu'on ne sait pas encore nommer.

Elle a un nom maintenant.
Eydra.

C’est décidé. Je pars à sa recherche.

Romain